|
Yann Gateau fait partie de
ces « bricolleurs » ( avec deux L) pour qui la fabrication d’objets
insolites est une fin, autrement dit une manifestation de l’art.
Il n’est pas le premier (ni le dernier) qui s’adonne à ce genre
d’exercice. D’Arman à Ernst et de Spoerri à Kienholz en passant
par Man Ray, on ne compte plus les œuvres composites où les choses
« en un certain ordre ré-assemblées » (à quoi s’ajoutent, parfois,
des titres drôles) retraduisent le monde en de petites formes (c’est-à-dire
en « formules ») inattendues et révélatrices. Ne retenons ici que
ce tableau-sculpture associant deux violons métalliques tête-bêche,
entamés par une égoïne. Deux crincrins pour lesquels une scie (ce
qui est aussi un air répétitif) sert d’archet. Comment ne pas penser
au « massacre » de la musique partout constaté? Mais, aussi, comment
ne pas comprendre qu’à l’heure des machines à sons amplifiés, dont
l’usage s’est généralisé, le legs des grands classiques est largement
oublié, voire dénigré ? Cette ironique nature morte donne à penser.
On ne touche pas aux objets impunément qui, isolés dans un cadre
ou exhaussés sur un socle, se chargent soudain des significations
imprévues. Voyez encore ces minuscules voitures dorées dont le conglomérat
s’hyperbolise dans une trompette aux connotations proliférantes
: cacophonie ? cacographie ? rumeur automobile dont les avertisseurs
chantent (comme chez Gershwin ) la ville ? Ou bien trompette d’une
apocalypse annoncée ?
Yann Gateau s’amuse (cela se voit), mais, ce faisant, rit pour ne
pas pleurer.
Pierre Fresnault-Deruelle
Sémiologue
|
|
|